samedi 1 avril 2006
L'avenir de l'aviation légère?
Par Erwan, samedi 1 avril 2006 à 14:50 :: Humour
Une parodie postée sur Pilotlist un premier avril. Je dois honteusement confesser que je me suis très largement inspiré d'un essai du Robin DR400 135 TdI paru dans Aviasport quelques mois plus tôt.
Batman BR-42 Exocet, essayez-le, vous n'en reviendrez pas![1]
Rappelez-vous : « En France on n'a pas de pétrole mais on a des idées ». Ce slogan qui fleure bon les années 70 nous est revenu spontanément à l'esprit en découvrant en exclusivité le Batman BR-42 « Exocet », dernière évolution d'un appareil qui fait les beaux jours des aéroclubs français depuis plus de trois décennies (à l'époque pas si lointaine où la société Batman Aircraft s'appelait encore AACPP - Ateliers Aéronautiques de Confection de Palettes du Perche).
Annoncée il y a quelques semaines, cette toute nouvelle version « Exocet » très attendue offre désormais la possibilité d'opter pour une motorisation à la fois révolutionnaire, économique et environnementalement correcte. Pour cette première prise de contact, le constructeur a eu la gentillesse de convoyer son unique et précieux prototype par la route jusqu'à notre aérodrome préféré, où nous retrouvons pour ce galop d'essai M. Baudroie, chef pilote et démonstrateur de Batman Aircraft.
Le Batman BR-42 cru 2006 semble extérieurement identique à lui-même. Le changement dans la continuité en quelque sorte. Les formes classiques et intemporelles sont agréablement mises en valeur pour ce millésime par une peinture mauve nacrée du plus bel effet. Seule petite faute de goût, la poignée de verrière d'origine automobile s'intègre toujours aussi mal à la verrière finement profilée. Notons à ce propos que les problèmes récurrents d'approvisionnement concernant les poignées de verrière certifiées devraient bientôt n'être plus qu'un mauvais souvenir, grâce à la récente découverte d'un stock de Citroën 11cv « traction avant » parfaitement conservées dans un glacier xyrdave.
L'intérieur de l'habitacle est habillé de discrets tissus vert pomme en parfaite harmonie avec les coloris extérieurs. L'ensemble est bien pensé et fourmille de petits détails pratiques, à l'image du compartiment à brosse à dents astucieusement dissimulé entre les coussins de banquette arrière ou des accoudoirs ergonomiques en polystyrène expansé taillé dans la masse qui font également office de distributeurs de sac vomitif, un accessoire indispensable et pourtant oublié par la plupart des constructeurs d'avions légers. Enfin, parmi les nouvelles options disponibles, la verrière peut recevoir un traitement anti buée dont nous aurons l'occasion de vérifier l'efficacité durant ce galop d'essai.
Excepté l'afficheur à cristaux liquides regroupant les paramètres moteur (nous y reviendrons), l'équipement avionique et l'instrumentation sont classiques et de bon aloi, avec notamment un ensemble radio-navigation King-Fisher. Respect des normes sécuritaires oblige, une bille Dekloune en PVC rouge anti-glissade remplace avantageusement le traditionnel mais quelque peu obsolète modèle Beaurdelle cher aux instructeurs moustachus.
Mais c'est sous le capot de l'appareil que se situe la principale nouveauté de cette nouvelle mouture du BR-42. Développé par le motoriste Tilapia GmbH, ce groupe propulseur inédit reprend en l'extrapolant brillamment le principe bien connu de l'avion à élastique. Un choix qui peut paraitre surprenant au premier abord mais qui permet à Batman Aircraft de se placer à la pointe du respect de l'environnement et de la maîtrise du coût de l'heure de vol avec une motorisation qui tourne délibérément le dos aux carburants fossiles. Une démarche judicieuse en ces temps de réchauffement climatique et de pénurie inéluctable de l'or noir, mais qui impose cependant quelques compromis mineurs, notamment en matière d'autonomie. Celle-ci est en effet réduite à environ 400 secondes, une durée néanmoins bien suffisante pour envisager en toute sérénité un tour de piste basse hauteur.
Les contorsions inélégantes pour purger l'avion et l'odeur de la 100LL au petit matin ne sont plus qu'un mauvais souvenir, de même que la vérification fastidieuse du niveau d'huile. Les commandes sont également simplifiées, un plus pour un avion qui se destine principalement à un usage école. Fini la richesse, la réchauffe et autres complications préhistoriques, l'unique manette de puissance pilote un frein agissant sur l'arbre d'hélice et modulant le régime de celle-ci.
Les instruments de conduite moteur sont judicieusement adaptés à la motorisation. Disposé sous la boite à gants, un écran à cristaux liquides ultra-moderne affiche en permanence une barre de régression d'énergie permettant d'évaluer d'un rapide coup d'œil l'autonomie restante. La sécurité est une préoccupation constante chez Batman Aircraft : en dessous de 20% d'autonomie la barre d'énergie clignote dans un rouge du plus bel effet, couplée à une alarme sonore à la fois expressive et amusante. Un sélecteur multifonction permet en outre d'afficher la liste des courses pour le prochain pot de l'aéroclub. Une fonctionnalité qui, si elle peut apparaitre comme un gadget aux yeux des puristes, n'en devient pas moins rapidement indispensable à l'usage.
Il est temps d'essayer la bête en vol. M. Baudroie s'emploie à donner les quelques 14666 tours d'hélice permettant d'obtenir l'autonomie maximum. Le plein d'énergie (c'est le terme employé dans le manuel de vol) s'apparente à un brassage certes vigoureux, mais au final la durée de l'opération est du même ordre que pour un classique plein d'avgas à la pompe d'un grand aéroport français (compter deux petites heures en moyenne). M. Baudroie me rejoint dans l'habitacle et c'est là que l'on comprend tout l'intérêt du traitement anti buée optionnel de la verrière.
Le démarrage est d'une simplicité biblique et se résume à pousser d'un petit centimètre la manette de puissance vers l'avant, déserrant ainsi le frein d'hélice. Une révolution par rapport aux démarrages laborieux d'antan, les pieds barbotant dans l'essence injectée! Le ralenti se stabilise au régime optimal dans un silence étonnant si ce n'était le petit grincement désagréable du frein d'hélice. Contacté, le bureau d'étude de Batman Aircraft nous a confirmé qu'un dispositif de lubrification du frein serait prochainement monté en série.
Le roulage est sans histoires, le BR-42 slalome docilement entre les cônes jaunes et blancs au gré des rafales de vent. Cette étape du vol devra néanmoins être conduite avec un tout petit peu plus de précautions qu'à l'accoutumée. En effet, conformément aux plus récentes normes européennes relatives à la protection des espèces sauvages, tous les éléments de l'avion potentiellement dangereux pour la faune sont munis de dispositifs anti choc permettant de diminuer les risques de blessures sur les animaux innocents. C'est par exemple le cas de l'hélice, qui se pulvérise automatiquement en cas d'impact, ce dispositif étant certifié sur une vingtaine d'espèces volantes comprenant notamment le goéland glouton, le hanneton et le ptéranodon.
Soucieux de l'environnement, le constructeur est allé encore plus loin sur ce plan en anticipant les prochaines recommandations franco-françaises concernant la protection des taupes. Nombreuses sur nos terrains, celles-ci sont en effet très vulnérables en surface. Pour éviter tout accident, le train d'atterrissage se désassemble spontanément au moindre contact avec une taupinière afin de préserver ces sympathiques mais fragiles petits mammifères fouisseurs. Faute de taupes (fort occupées sans doute en cette période de reproduction), nous avons néanmoins eu la chance de pouvoir tester en conditions réelles l'efficacité de ce dispositif au décollage grâce à un automobiliste de passage en bout de piste. La dislocation du train principal est très discrète, seule une petite secousse et un léger bruit rappelant celui d'un paquet de gâteaux secs écrasés signalent le bon fonctionnement du dispositif. Etonnant, mais très efficace.
Le motoriste annonce une puissance équivalente à une motorisation classique de 108ch. La comparaison n'est en aucun cas exagérée. Le taux de montée s'établit en effet à un bon 30ft/mn et force est de constater que les sensations au décollage restent très proches de celles d'un BR-42 classique en surcharge lors d'une belle journée de canicule. Mais c'est en terme de nuisances sonores que le progrès est le plus impressionnant. Hormis le petit grincement déjà cité, le bruit dans l'habitacle est très faible et on se surprendrait presque pendant quelques secondes à écouter les filets d'air glisser le long de la poignée de verrière certifiée. Seule perturbation sonore, l'alarme indiquant que nous sommes passés en dessous des 20% d'autonomie nous rappelle à la réalité en milieu de vent arrière. Un peu surprenant quand on n'y est pas habitué et une fois encore le traitement antibuée de la verrière montre tout son intérêt.
En moins de temps qu'il n'en faut pour fermer un forum fédéral, M. Baudroie reprend les commandes afin de démontrer (s'il en était encore besoin) la maniabilité de l'appareil. Un virage à 80 degrés d'inclinaison à basse vitesse en dessous de 100 pieds pour rejoindre rapidement le champ de betteraves le plus proche n'est qu'une formalité : le Batman BR-42 « Exocet » reste un avion à la fois démonstratif et sécurisant. L'atterrissage sur l'unique roulette de nez restante (voir plus haut) est certes un peu plus technique qu'à l'accoutumée mais néanmoins facilement maitrisable avec un minimum d'attention. Il conviendra simplement de conserver un excédent de vitesse suffisant pour éviter les engins agricoles en toute sécurité. On notera par ailleurs que dans cette configuration mono-roulette le déverrouillage de celle-ci est grandement facilité.
Au final cette première prise en mains un peu courte mais néanmoins intense nous a permis de jauger le potentiel exceptionnel du BR-42, littéralement transfiguré par cette motorisation novatrice. Certes le mariage de l'Exocet et du Tilapia pourra choquer les plus conservateurs mais nul doute que par ses qualités exceptionnelles il saura séduire les pilotes, mais également les associations de riverains qui se frottent déjà les mains.
Soulignons pour terminer sur l'aspect écologique que outre la motorisation, Batman Aircraft met également en avant le respect scrupuleux de l'environnement lors du processus de construction, qu'il s'agisse du bois utilisé pour la structure (garanti non traité), ou des colles utilisées pour l'assemblage (colle de poisson 100% bio), ce qui permet après désentoilage et quelques rapides coups d'égoïne de recycler directement les débris de l'avion comme combustible pour le traditionnel et convivial barbecue du jour le plus long, sans risquer de parfumer aux fongicides les merguez et autres chipolatas (mais avec néanmoins un petit fumet résiduel de sardine grillée pas désagréable).
Notes
[1] Ou alors... à pied