L'avion jaune

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lundi 12 mai 2008

Dax, un long week-end

Préparatifs

Des semaines avant la date de départ, j'avais déjà le nez dans les cartes, autant pour planifier ce week-end aéronautique que pour rêver... navigations préparées, quelques coups de fils à droite et à gauche aux différents aérodromes et aéroclubs, demande faxée pour l'autorisation de posé à Dax (cet aérodrome étant restreint)... seule restait l'inconnue d'une météo pas vraiment engageante sur les Pyrénées, à se demander s'il était bien raisonnable de tracer la route vers le sud-ouest alors que le soleil s'annonçait sur le reste du pays.

Jeudi 8 mai, départ vers Dax

Le départ obéit à un rituel bien rodé. Pendant que je m'occupe de l'avion, Véro se charge des bagages et des deux poussins (le petit troisième passera quand à lui le week-end avec ses grands parents).

Les 2 poussins

Après une petite demi-heure de vol nous apercevons l'atlantique. A l'arrière Katell et Pierrick admirent le paysage et comptent les bateaux entre deux fous-rires.

L'île de Ré

Le PA-28 trace sa route dans l'air immobile. L'ambiance est un peu étrange, sous un plafond gris mais haut et quelques voiles de pluie. Nous passons Ré et Oléron, avant d'obliquer vers l'est en atteignant la Gironde. Je me laisse convaincre par le pilote automatique qui apporte un confort certain pour un voyage tel que celui-ci... mais je crois que je me prescrirais rapidement un ou deux tours de J3 pour me desintoxiquer dans les semaines qui viennent.

Nous avons prévu de faire escale à Libourne, l'occasion de retrouver ma cousine Viviane et ses deux enfants. Le temps s'éclaircit au fur et à mesure que nous progressons vers l'est. A proximité du terrain nous sommes brusquement cueillis par des turbulences assez désagréables, avant un atterrissage par vent de travers soutenu. Ouf! le plancher des vaches est bienvenu, Katell et Pierrick font la connaissance d'Anaëlle et de Corentin au cours d'un pique-nique agrémenté de parties de cache-cache ou de foot (rugby?).

L'accueil à l'aéroclub de Libourne est spontané et chaleureux... Mais la question reste: on continue ou pas? La météo du matin était très pessimiste, l'appel à un prévisionniste compétent permettra de lever le doute. Après avoir rempli les réservoirs nous décollons, direction Dax. Sous nos ailes une leçon de géographie grandeur nature, avec d'abord la Dordogne, puis la Garonne, avant d'entamer la traversée des Landes. Peu de points de repères dans cette immense forêt monotone, mais les rares villages sont comme des îles, facilement identifiables. Après une petite heure de vol nous atteignons notre destination où Michel, oncle et parrain de Véro nous attend de pied ferme.

Samedi 10 mai, pluie sur les Pyrénées

Le jour précédent a été consacré à la découverte du pays Basque au sol (dont une belle balade sur des sentiers proches du col d'Ibardin où nous avions un pied en France, un autre en Espagne). Mais l'envie de voler me démange malgré la météo décidément peu engageante. Je fais le point, téléphone à un membre de l'aéroclub d'Oloron quelque peu désespéré par la grisaille... nous n'irons pas vers l'est aujourd'hui. A Dax c'est volable, on se décide pour un local, que l'on élargira en fonction des conditions en l'air. Karine et Hervé les cousins de Véro nous accompagnent pour ce vol.

Le PA-28 à Dax

Direction le sud. Ma première idée est d'aller faire un tour vers Saint-Jean Pied de Port, avant d'obliquer vers l'ouest et de survoler les lieux visités hier. Mais sur les premiers contreforts des Pyrénées la pluie est bien là, et les nuages bien sombres.

Pluie sur les Pyrénées

Je contacte Biarritz pour faire route vers l'ouest et rejoindre la côte à Bidart. La Rhune est invisible, cachée par les intempéries.

Le phare de Biarritz

Transit le long de la côte, avant de prendre le chemin du retour. A quelque minutes de Dax une grosse averse me fera un instant envisager le déroutement... Finale en 26 au dessus des pins qui obligent à prendre un plan plus fort que d'habitude, avant un poser en douceur.

11 mai, retour... sous le soleil.

Frustrée par la météo de ces deux derniers jours, Véro mitraille à tout va dès les premiers rayons de soleil retrouvés.

Soleil sur l'Atlantique

Les derniers nuages disparaissent au fur et à mesure que nous remontons la côte vers le nord.

La dune du Pyla

La dune du Pyla, après une rapide escale à Arcachon pour compléter les pleins.

Le phare de Cordouan

La suite est une non-navigation, le long de l'immense plage qui s'étire d'Arcachon à la Gironde... jusqu'à Cordouan qui monte la garde au bout de son banc de sable...

Le phare de la Coubre

Le phare de la Coubre, avant d'obliquer vers Oléron.

Les 2 poussins

Oléron et le phare de Chassiron. On prend de l'altitude pour rejoindre l'ile de Ré toute proche.

Le phare des Baleines

Le phare des Baleines... le dernier de la journée, avant de rejoindre le continent, et de retrouver Ancenis par une magnifique fin d'après-midi.

Bilan?

Voyager en VFR, c'est s'exposer à l'incertitude... le survol des Pyrénées sera pour une autre fois, mais nous nous sommes finalement posés à l'endroit prévu (et non à l'autre bout du pays) et avons pu repartir le jour prévu... et l'essentiel était de se retrouver en famille, à Libourne comme à Dax[1].

Notes

[1] Notons également que la dégustation de certains produits issus du canard aide à oublier la météo...

mardi 31 juillet 2007

Duxford

Vendredi 27 juillet, le rendez-vous est fixé à 7h30 tapantes au club. Navigation (et déroutements éventuels) préparée, fiches de terrains imprimées, plan de vol déposés, General Aviation Reports faxés, briefing météo... Nous sommes répartis dans 4 avions: 2 DR400 et le Lionceau du club, plus un autre DR400 de nos voisins de l’aéroclub Jean Bertin

Sur Lionceau, je fais équipe avec Arnaud, qui en compagnie de Sylvain, l’ancien chef pilote du club, emmènera le petit fauve sur la route mythique de l’aéropostale en septembre prochain lors du raid Toulouse/Saint-Louis du Sénégal. Arnaud assure la première branche jusqu’au Touquet. Quelques restes de stratus, une jolie lumière matinale et personne en l’air. En vol Arnaud me raconte son histoire et ses projets (pour en savoir plus, le mieux est d’aller sur le site d’aerodéfi).

Nous retrouvons les nuages en route, et le plafond s’abaisse jusqu’à l’arrivée au Touquet, sous un ciel sombre et un début d’averse. Les vagues et l’écume le long des plages nous donnent une idée de la force du vent. Atterrissage en 32, vent plein travers, un peu chahutés dans les turbulences.

Lumière du matin Ca se gate... Arrivée à Duxford

Petite pause et plein d’essence avant de prendre le large. Je suis en place gauche sur cette branche. Quelques instants après le décollage, nous survolons la Manche et le ciel bleu re-apparaît presque immédiatement. Premier contact avec London information, Flight Information Service assuré par un contrôleur à la diction et à la courtoisie impeccables. 20 minutes de vol avant de franchir la côte à Lydd, en corrigeant une dérive carabinée due au fort vent de sud-ouest, puis c’est le survol du Kent sous le soleil, avant de franchir la Tamise. En passant l’estuaire on bascule sur la fréquence de Southend Approach. Tout s’enchaîne de manière fluide, pour la première fois je me sens véritablement à l’aise en anglais sur la fréquence, sans stress aucun. Ca commence à rentrer pour de bon, et le moral est au beau fixe.

Une fois la Tamise franchie, la route choisie passe à l’est de l’aéroport de Standsted, navigation facile via les villes de Chelmsford, Baintree et Haverhill parfaitement distinctes au milieu de la campagne anglaise [1]. Arnaud carte en main suit le trajet en place droite, GPS allumé au cas où. Je descends sous la classe D et les liners en approche vers Standsted, puis passé Haverhill direction plein ouest pour rejoindre Duxford. A l’arrivée le vent souffle toujours mais de face, ce qui facilite nettement les choses, si bien que j’arrive à fignoler un atterrissage correct. On y est, après 1h30 de vol.

Visite de l'American Air Museum, une rotonde qui abrite entre autres quelques gros oiseaux réellement impressionnants: U-2, B-29, B-52, SR-71... avant une rapide pause déjeuner où contrairement à certains qui se remplissent la panse de beans et de frites, je me contenterais d’un sandwich contenant quelques pitoyables restes d’un saumon probablement mort dans d’atroces souffrances, ainsi que d’un « gâteau » compact permettant d’éviter tout risque d’hypoglycémie pour les 24 heures à venir.

Horaires obligent (évitons le « chérie tu vas rire, je suis coincé en Angleterre ce soir ») la visite ne permet pas de flâner autant que je le souhaiterais. J’essaie d’en voir le plus possible (pour les photos de la visite c’est ici), notamment dans le tout nouveau hall AirSpace, mais il faudra revenir un de ces jours approfondir la question. En face des hangars s’étend une belle piste en herbe où toute la journée tournent un Tiger Moth et un DH-89 Dragon Rapide pour des baptêmes à l’ancienne. Voir décoller un Spitfire ou un B-17, écouter la mélodie du Merlin ou le grondement sourd des quatre moteurs en étoile... Duxford est plus qu’un très beau musée, c’est un musée vivant, un vrai terrain d’aviation.

Le petit groupe de pilotes Chavenaisiens s’est donné rendez-vous au pied de la tour avant le départ. Je grimpe pour déposer le plan de vol et m’enquiert de la météo. L’agent AFIS prétend qu’il n’a pas plu à Duxford depuis au moins 2 ans, affirmation sujette à caution vu la couleur de la piste en herbe, un vert quasi-fluorescent qui évoque plus les inimitables petits pois britanniques que la vallée de la mort. Pendant qu’un de nos amis pilotes court après son plan de vol emporté directement vers le Touquet par une rafale plus forte que les autres, Arnaud prépare le Lionceau, alors qu’après s’être posé en douceur la forteresse volante roule sur le taxiway à quelques dizaines de mètres.

Pendant qu’Arnaud profite du vol retour pour se frotter à la phraséologie grand-brittone, je tente d’utiliser son GPS (devinez lequel des deux a le plus de mal...). Pour le trajet c’est facile: mêmes points de report qu’à l’aller, sur la fréquence London Information, Southend Approach, puis de nouveau London Information... et sous la bulle du Lionceau une petite équipe qui fonctionne.

Le soleil se reflète sur l’estuaire de la tamise, on devine Londres au loin. A l’approche de la Manche, Arnaud grimpe autant que le permettent les différentes zones londoniennes. Plein soleil et grand bleu, nous ne retrouverons les nuages qu'en franchissant la côte française.

B-17 de retour de vol Le Lionceau et la forteresse Reflets sur l'estuaire de la Tamise

Le Lionceau engloutit sa (petite) ration d’essence au Touquet, pendant que les pompiers s’occupent d’un malheureux Trislander estropié (problème de freins apparemment). Les DR400 partis après nous on refait une partie de leur retard. La dernière branche (Le Touquet Chavenay) est pour ma pomme, dans un air très calme mais sous un ciel gris un peu triste. Le soleil était parti outre-manche aujourd’hui. Un instant j’ai eu envie de causer en anglais avec Beauvais, c’est que j’y prendrais même du plaisir.

Quelques photos du musée dans le fourre-tout. A voir aussi : les bons conseils de la pilotlist pour les voyages aériens outre-manche, une autre balade à Duxford sur le blog de Vincent, (qui lui est passé par l’ouest de Standsted), les photos d’Arnaud qui s’est un peu acharné sur moi (non, ce n’est pas un concours de grimaces) et pour finir le site de l’Imperial War Museum Duxford.

Notes

[1] c’est un des itinéraires inbounds from the south suggérés sur la fiche du terrain de Duxford