Un week-end en DR221

18 et 19 juillet 2003

Ca commence plutôt mal... Je viens de quitter le boulot. Dans un style typiquement parisien cinq voitures de front tentent de s'engager là où il n'y a de la place que pour une... Probablement vexé que je ne me sois pas délibérément jeté contre le muret en béton pour le laisser me doubler, le sympathique conducteur d'une 205 rouge me rattrape sur le périphérique et se porte à ma hauteur pour m'insulter par la fenêtre ouverte. Le pilote de périphérique est évidemment très pressé et après quelques grognements inarticulés assortis de gestes évocateurs s'en va dans une accélération rageuse provoquer un accident ailleurs... rester zen.

Chavenay, sa campagne, ses chevaux. Ca va déjà beaucoup mieux. Dernière portion de route le long du terrain, coup d'oeil machinal sur la biroute derrière le grillage. J'aperçois Kilo Bravo devant le hangar. C'est plutôt tranquille aujourd'hui malgré le grand beau temps. Bonjour à l'aéro-club, je papote un peu avant de partir. Je charge l'avion, parcourt une bonne dizaine de fois ma check-list voyage et fini heureusement par constater que j'ai oublié les indispensables piquets et la non moins indispensable bâche... retour au club-house. Le DR221 est resté une bonne partie de la journée au soleil et c'est une impression de cuisson assez abominable qui m'attend sous la verrière. Un détour par l'essence et c'est le départ. Enfin en l'air ! Objectif la Baule, pour rejoindre ma petite famille en vacances dans la région.

Grâce au gros ventilateur qui tourne à plein régime l'impression de cuisson diminue presque instantanément. Enfin disons plutôt qu'on est passé du grill à la chaleur tournante. Passage au large de Beynes en admirant les planeurs, ça remue pas mal au dessus de la campagne. Mon estomac se contracte un peu, plus par appréhension que par réelle nausée. Il y a une semaine j'ai été malade pour la première fois en l'air aux commandes du PA11 dans une atmosphère chaude et agitée, au point d'écourter mon vol. Il faut une première fois à tout.

Passé Dreux je commence à grimper. Pas le début de l'ombre du commencement d'un nuage. Peu à peu les derniers remous disparaissent tandis que Kilo Bravo trace sa route impeccablement. Au niveau 65 plus rien ne trouble le calme. Tout stress est oublié. Pour la navigation difficile de se tromper c'est route au 243, tout droit jusqu'à la Baule. Le log sur le genou gauche, la cartabossy à droite, je me cale le plus confortablement possible dans le siège un peu étroit et profite de la vue. La lumière n'est pas aussi belle qu'en hiver, encore un peu trop plate malgré l'heure qui tourne. Mais je ne ferais pas le difficile ce soir. A cette altitude le paysage défile lentement, mes repères aussi, visibles bien à l'avance.

Transit par le sud de Rennes information, contact sympathique, puis Nantes information, une voix féminine tout aussi sympathique bien qu'assez occupée. Il y a du monde un peu partout, autour et au dessus. Travers nord Nantes, à droite je devine Rennes. Droit devant le soleil qui décline se reflète sur l'océan, faisant ressortir le tracé de la côte. Tout au fond je distingue le golfe du Morbihan et ses îles. Il est temps d'entamer la descente. Je passe Savenay, la voix féminine s'est discrètement éclipsée, remplacée par une autre, masculine. Saint-Nazaire, le pont, la masse impressionnante du Queen Mary II. Au revoir Nantes info, et à bientôt. Personne sur la fréquence de la Baule. Je prépare la machine, repasse les orteils en configuration pédalage... Le vent est tombé. Fin de vol tranquille et atterrissage en douceur. Je laisse rouler Kilo Bravo sur son élan jusqu'en bout de piste, puis m'arrête sur un parking en herbe.

Retrouvailles avec la petite famille, Katell, 18 mois, fait de grands signes. Après un gros bisou elle s'installe sur la bande antidérapante et ne veux plus en descendre. "papaaaa vrrrrrmmmmm"... elle imite très bien le DR221 qui passe verticale terrain. encore une enfant traumatisée.

Le lendemain matin petit vol en amoureux avec ma moitié. On jette un coup d'œil sur la carte pour choisir la destination. On a l'embarras du choix, seule contrainte: il nous faut absolument une bonne grosse dose de mer, de côtes et d'Iles. Nous nous décidons pour Quiberon via le golfe du Morbihan.

Il est tôt, l'air est encore calme. Cap à l'ouest, en quelques minutes nous retrouvons la mer. Virage pour longer la côte, puis après avoir traversé l'estuaire de la Vilaine, direction le golfe. Véro s'improvise navigatrice. On essaye de reconnaître les différentes îles, heureux d'être là tous les deux. Au loin Quiberon se profile déjà. Nous quittons le golfe par un large virage à gauche. Une multitude de petits points blancs sous nos ailes... beaucoup de monde en mer. A Quiberon la 11 est en service. Dommage, j'aurais préféré une finale sur la mer. De plus le vent déjà plein travers commence à avoir une franche composante arrière qui ne me facilite pas les choses. Je me fais surprendre en courte finale par les remous dus aux habitations, et tout se termine par un superbe appontage kangouresque à souhait... Coup d'œil à droite au roulage, je constate avec horreur que le public est présent en nombre pour admirer mes rebonds. Normal, c'est journée porte ouverte à Quiberon. Tour d'horizon, pas de trou suffisamment profond sur le parking pour aller me cacher de honte. Tant pis, je me dirige courageusement vers la terrasse d'un air qui se veut détaché. Petite pause café dans une ambiance bon enfant, le temps d'admirer les parachutistes. L'envie de faire un saut de puce à Belle-île nous démange. Mais l'heure avance, ça sera pour une autre fois. Le QFU a changé, décollage face aux habitations et on serre quand même un peu les fesses en montée initiale. ça doit être une question d'habitude. Retour vers la Baule, les petits points blancs sur la mer se sont encore multipliés depuis tout à l'heure. Vexé par mes rebonds à Quiberon je m'applique à réussir un atterrissage en douceur malgré le vent plein travers, comme d'ailleurs tout le week-end c'est une constante locale bien connue.

L'après-midi, je profite de la sieste de la petite pour proposer un vol à mes beaux–parents. Ils ont déjà volé en local dans le coin l'année dernière, et j'ai une très forte envie de me dégourdir les ailes. On se décide donc pour une petite escapade à l'Ile d'Yeu, destination ô combien mythique chez les colibris, et que je ne connais pas. Apres quelques explications sur la différence entre les roulettes bien placées ou pas (et réciproquement), nous partons transpirer à grosses gouttes sous un soleil au zénith. Pour une fois que je n'ai pas de classe A au dessus de la tête, j'en profite pour grimper... et puis il fait meilleur là haut. Et puis de toute façon il faudra être suffisamment haut pour la traversée. Et puis j'en ai envie tout simplement. Malheureusement la brume de chaleur limite nettement la visibilité et ce n'est qu'en passant Noirmoutier que l'on distingue vraiment l'île d'Yeu. Une large boucle par le nord et l'ouest de l'île pour perdre de l'altitude et rejoindre le début de la vent arrière 33 tout en profitant du paysage. il y a une bonne petite brise, un peu d'écume. Des tours de piste comme ça je veux bien en enchaîner jusqu'à plus soif. Du vent en finale, légèrement à gauche. Je me sens en forme, allez, on se fait un atterrissage de piste. Amener l'avion avec précision, le crissement des pneus, un poil de manche vers l'avant. Plutôt pas mal, le dieu des kangourous a semble-t-il décidé d'aller martyriser un autre pilote cet après-midi... Le parking principal étant déjà saturé, nous nous en allons cahoter dans l'herbe. Enfin ça ressemble plus à de la lande tondue qu'à de l'herbe d'ailleurs. Après avoir payé la taxe et constaté que l'AFIS profite d'une vue plutôt agréable nous retournons flâner sur le parking pour y admirer quelques beaux oiseaux. Il y en a pour tous les goûts, ça va du D112 au Bonanza rutilant. C'est évidemment trop court et c'est à regret que l'on quitte l'île si rapidement. Mais je tiens à être rentré pour la fin de la sieste. Je reviendrais dans le coin un de ces jours c'est promis.

La fin de la branche retour est un peu remuante. Kilo Bravo réagit sèchement aux turbulences qui nous accueillent aux alentours du terrain. Un coup d'œil vers mes passagers qui n'ont pas encore changé de couleur, la finale est agitée, le vent toujours plein travers et l'atterrissage moyen. Il ne reste plus qu'à refaire le plein, replanter les piquets, amarrer l'avion, attacher la bâche.

Départ le dimanche soir, le coeur un peu serré puisque je repars pour une semaine seul. Le rituel de la préparation de l'avion m'aide à oublier le cafard. Concentré sur le décollage, j'ai tout juste le temps d'apercevoir un petit point rose qui s'agite prêt des bâtiments... Bye bye la petite famille. Le trajet est tout aussi simple qu'à l'aller, le paysage n'a pas changé de place pendant que j'avais le dos tourné. J'essaye quand même de travailler un peu et m'applique à naviguer le plus précisément possible. Le temps est correct mais un voile nuageux donne une impression un peu grisâtre. On est cependant assez loin des prévisions un peu inquiétantes de la matinée. Au fur à mesure le voile se déchire, laissant la place à quelques beaux cumulus, c'est tout de suite plus sympathique. Le vent dans le dos, le retour sera rapide avec quelques pointes à 130kt de vitesse sol. Descente sous la classe A, avec l'impression de voler en rase-mottes. comme quoi on prend vite des habitudes visuelles. Atterrissage tranquille dans la lumière du soir. Moteur coupé, je prends mon temps pour ranger mes affaires, pas particulièrement pressé de revenir sur le plancher des vaches.

St-Nazaire
Pornichet
Verticale

lors d'un autre vol dans le coin